05.11.2009
La société anonyme ou le linceul du service public
Le projet de réforme de la Poste a été examiné en début de semaine par les sénateurs, avant de passer au Palais Bourbon. Le gouvernement est donc resté sourd aux contorsions syndicales et le référendum tant souhaité n’aura pas lieu. La votation citoyenne planifiée par une soixantaine d’organisations a été vaine et son résultat, pourtant criant (98 % d’opposition à la privatisation), n’a pas été entendu. Mieux, les chantres du libéralisme prétendent désormais rétablir la vérité face à la doxa gauchiste.
C’est ainsi que l’on a pu entendre les dignitaires de l’UMP et les portes-paroles du gouvernement promettre solennellement - avec Christian Estrosi comme caution morale - que la réforme n’était pas une privatisation mais un simple changement de statut en vue d’aider La Poste à rembourser sa dette et à affronter les défis du futur.
Si les vieilles antiennes libérales semblent faire des émules, les faits sont là, tangibles. La Poste est en passe de devenir une société anonyme, à l’instar de plusieurs autres entreprises comme France Télécom, EDF et GDF qui l’ont précédé en 1996 et 2004. Déjà à cette époque, la rhétorique sarkozyste était bien rôdée. Alors ministre de l’économie et des finances, le futur président assénait : "Il n'y aura pas de privatisation d'EDF et Gaz de France, c'est clair, c'est simple et c'est net." Là aussi, la sociétisation n’était pas la privatisation. Quatre années plus tard, l’Etat ne détenait plus que 35 % du capital du nouveau groupe GDF-Suez. Plus tôt encore, France Télécom changeait de statut sans qu’aucun des dirigeants de l’époque n’envisage de privatisation. L’Etat ne détient aujourd’hui que 26% des parts de marché du groupe.
La réforme, enfin entendue comme le premier pas vers une privatisation en bonne et due forme, retrouve toute sa cohérence. Elle s’inscrit dans un projet global de sape du service public et procède d’une vision libérale de défiance vis-à-vis de l’Etat. Le délitement du service public n’est pas un slogan. Ce n’est pas l’instrument de propagande d’une gauche utopiste et déconnectée des réalités mais le dernier avatar de la déchéance d’un principe fondateur : le primat de l’intérêt général. A mesure que les méthodes entrepreneuriales innervent le système public français, la logique du profit prend le pas sur toutes les autres considérations. Il s’agit de libéraliser pour être plus compétitif, plus productif, plus efficace. Tout est côté, jaugé, quantifié, évalué, examiné, chiffré, calculé, expertisé et, dans ce marasme économique, le service public subsiste à l’état d’archaïsme encombrant, inapte à affronter les défis de la modernisation.
Il n’y a plus de garant de l’intérêt général, il n’y a même plus d’intérêt général, juste un agrégat informe d’aspirations particulières qui donnent à la société une dynamique floue et indécise. Le politique se meurt sur l’autel du pouvoir économique – à rebours de la culture même de notre pays ; de l’identité nationale feraient remarquer les plus acides.
Fer de lance traditionnel du libéralisme européen, l’Union européenne n’est pas en reste dans l’entreprise de déconstruction méthodique du service public français. Ici encore, elle est à la source du mal puisque c’est une directive appelant à la libéralisation du marché des PTT dès 2011 qui a motivé la réforme de la Poste. Le rêve d’une Europe politique, forte et démocratique, a laissé place au cynisme technocratique qui, en voulant « garder la confiance des marchés », a bel et bien « perdu la confiance du peuple ».
Le dialogue social est un mensonge. Sous les coups conjugués de l’Union et du gouvernement, le service public fléchit. La Poste ne doit pas être le martyr d’une cause déjà perdue mais le symbole d’un refus et le commencement d’une lutte pour la défense d’un véritable « vivre-ensemble », débarrassé de la logique marchande qui, amorale et froide, « dessèche l’âme».
A. H.
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02.11.2009
Nous le peuple, en vue de former une union plus parfaite.
A la Haye en 1948, au lendemain d’une guerre qui faillit tuer l’Europe, les adversaires d’hier s’assirent pour parler Europe et démocratie avec un seul slogan : plus jamais la guerre entre nous. L’union du vieux monde fut écrite comme « la bataille de la démocratie sociale dont l’objet serait de libérer l’homme de l’asservissement ».
Cinquante et un an après La Haye, l’Europe politique n’existe pas; il existe des volontés de travail en commun en matière de justice ou d’environnement mais pas de moteur européen, aucune convergence des volontés par-delà le Diktat libéral. Sur ce premier constat l’Europe politique est un échec. La faillite de l’Union c’est la mainmise du mur de l’argent, c’est la volonté toujours affichée du recul de l’Etat. L’Europe s’est donc pensée comme une superstructure économique, comme si le capitalisme était un pourvoyeur de paix.
La gauche, face à ce délitement, doit assener une réalité : l’Europe des banquiers de Bruxelles s’est toujours trompée. La maison commune, cette union que la Gauche ne rejette pas, se doit de repartir du plus petit dénominateur commun, le citoyen. Il y a un mois le peuple irlandais était sommé de voter à nouveau; Bruxelles forçait la main aux citoyens d’un Etat-membre : c’est un précédent. La représentation nationale, lorsqu’elle s’est prononcé doit être respectée; inertie et déperdition au nom du marché doivent cesser, pour que naisse une identité européenne.
Première partie
Bia Arnaud
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20.10.2009
Budget 2010 : quel déficit pour la France?
Dans la droite lignée de la politique économique imposée par l'Union Européenne, François Fillon s’est longtemps présenté comme tenant de la rigueur budgétaire. Moins de recettes pour moins encore de dépenses, voila le crédo libéral qu’il n’a eu de cesse de poursuivre durant deux ans à la tête de la France, pays rongé par un jacobinisme dépassé qui aurait mené l’Etat à la « faillite ».
Cependant victime de la crise, ce discours officiel emprunté au binôme Reagan/Thatcher des années 80 et conférant au seul marché toutes les vertus du vivre ensemble s’est lui aussi largement déprécié. Ainsi titrait le Monde en date du 1er Octobre à propos du Projet de Loi de Finance (PLF) 2010 présenté la veille en Conseil des Ministres : « Des déficits records pour soutenir la croissance ». À croire que le gouvernement (et toute l’intelligentsia qui le soutient) se soit d’un seul coup converti au keynésianisme, devant les dérives d’un capitalisme financier auquel il vouait hier encore un véritable culte.
Balayé, le règne dogmatique du laisser-faire? Il serait bien naïf de le penser. Le seul creusement des déficits, dont le bien-fondé est désormais partagé jusqu’au Medef, ne suffit pas à prédire le retour de l’Etat Providence comme garant de l’intérêt général face à un système de production dérégulé et mu par le seul intérêt individuel. Bien au contraire, cette politique d’investissement, sorte de participation générale à l’« effort de crise », tend à rechercher plus la relance de la croissance elle-même que le soutient aux classes défavorisées.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : si le taux de prélèvement obligatoire reste stable (40,7% du PIB en 2009 et 2010), il ne pèse plus sur les mêmes contribuables : les entreprises disposent, en plus des niches colossales désormais parties intégrante de notre fiscalité, du remboursement accéléré des crédits "impôt-recherche" (2,5 milliards d’euros) mais surtout de la réforme de la taxe professionnelle tendant à un allègement à hauteur de 11,7 milliards d’euros de charges pour l’an prochain, sans parler de la baisse de la TVA dans la restauration (3,5 milliards). Les ménages, quant à eux, se voient plus lourdement imposés du fait du verdissement de certaines mesures fiscales, de la fameuse taxe Carbone et (concernant le volet social du PLF) de l’augmentation de deux euros du forfait hospitalier et du non-remboursement de certains médicaments. La politique poursuivie est claire : allègement des charges pesant sur les acteurs économiques en vue de permettre une meilleure compétitivité nationale et, partant, une relance par l’offre. Le président Reagan, en 1981, avait déjà usé de ce coup de poker : une politique en apparence keynésienne de creusement des déficits publics, camouflant une baisse prodigieuse d’impôts au profit des classes aisées.
Mais la justice sociale qui aurait imposé un partage plus équitable de l’investissement collectif entre les différentes couches de la population n’est pas la seule valeur lésée par le budget 2010 ; la moralité même des politiques semble s’être volatilisée devant les puissances lobbyistes du grand capital. En effet, c’est parmi ceux qui, deux ans plus tôt, profitaient de l’instauration du bouclier fiscal et de la quasi-suppression des droits de succession que s’est développé le goût immodéré de l’argent à l’origine des placements douteux du krach financier dont l'économie réelle subit les conséquences aujourd’hui encore. Il est pour le moins surprenant de leur faire bénéficier de nouvelles faveurs et ainsi d’avaliser voire de servir un système ayant montré, pour employer un euphémisme, autant de limites quant à sa capacité à poursuivre le bien commun.
Comble du cynisme, à l’heure où des voix dissidentes se font entendre au sein même de la majorité pour militer en faveur d’un retrait de la Contribution au Remboursement de la Dette Sociale (CRDS) des impositions prises en compte dans le bouclier fiscal, le président de la République répète à qui veut l’entendre qu’il ne touchera pas à la loi TEPA de 2007, fourvoyé dans son postulat de non augmentation des impôts. La crise économique a imposé au premier ministre le « tournant des déficits » ; elle n’aura pas raison des convictions antifiscales de Nicolas Sarkozy. Comme si les deux politiques pouvaient raisonnablement aller de paire sans que personne ne s'insurge.
X. S.
20:41 Publié dans politique française | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note


